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 Mémorial des Milles

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TheFullMetal

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Messages : 86
Date d'inscription : 30/07/2009

MessageSujet: Mémorial des Milles   Mer 2 Sep 2009 - 20:08

Dans les années 30, alors que le climat international s'assombrit, la France est un pays en crise : politique, économique, sociale. C'est un terreau fertile pour un sentiment de défiance vis-à-vis des étrangers, perçus notamment comme une menace sur l'emploi et même pour la Nation, que renforce l'arrivée massive de réfugiés du Reich refusant de subir la politique hitlérienne et ses lois raciales, et de ceux qui fuient l'Espagne après la victoire des Franquistes.

La crainte de la guerre puis le déclenchement de celle-ci, la dissolution du parti communiste français, ont entraîné des mesures à l'encontre des individus jugés par le gouvernement "dangereux pour la défense nationale ou la sécurité".

Les conséquences de la signature de l'armistice franco-allemand du 22 juin 1940 et les mesures anti-juives du gouvernement de Vichy accroissent singulièrement l'insécurité des immigrants.

L'internement dans la zone Sud

Avant la guerre, le Sud de la France a vu s'ouvrir, souvent dans l'improvisation, plusieurs camps destinés en premier lieu à regrouper les réfugiés espagnols. Après le 3 septembre 1939, des centres départementaux rassemblent les ressortissants des pays ennemis, bientôt dirigés vers quelques camps. L'armistice de juin 1940 transforme cette partie de la France en "zone non occupée", sous l'autorité directe du gouvernement de Vichy.

La loi du 4 octobre 1940, qui vise les juifs étrangers, permet leur internement. Tragique paradoxe, nombre de ces internés sont venus en France pour, précisément, fuir l'antisémitisme qui sévit dans leurs pays d'origine.
Sur le plan administratif, les objectifs des camps sont divers : Argelès (Pyrénées-Orientales) est "centre d'hébergement", Gurs (Pyrénées-Atlantiques) "semi-répressif", Le Vernet (Ariège) "répressif", etc.

En 1941 s'ouvrent de nouveaux centres : à Noé (Haute-Garonne) pour les personnes malades, à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) pour les familles ayant de jeunes enfants, etc.
Dans cette zone, en août 1940, la commission d'armistice estimait à 35 000 le nombre des internés. En avril 1941, on en compte environ 23 000, dont 13 350 juifs.

Le camp des Milles
II fut le plus important du sud-est de la France, gérant d'autres camps de transit ou de travail (Aies, Manosque, Les Mées, etc.).



Le 31 août 1939, le maire d'Aix-en-Provence, au nom du préfet, réquisitionne une briqueterie pour en faire un centre de regroupement.
Bâtie en 1882, agrandie entre 1926 et 1932, elle atteint une superficie de 15 000 m2 au sol. Quand la guerre éclate, la briqueterie, qui appartient à la Société des Tuileries de la Méditerranée, est fermée depuis un an, après avoir connu grèves et lockouts.
Le 7 septembre 1939, les 50 premiers "sujets ennemis" arrivent au camp. Ce nombre évolue jusqu'à la première fermeture de celui-ci, le 18 avril 1940.
Le 15 mai 1940, après le début de l'invasion allemande, le camp est à nouveau ouvert. En juin, il regroupe 3 500 internés pour qui l'aide, voire l'évasion, est facilitée par l'action de représentants d'organisations internationales, de réseaux communistes et des communautés juives ou protestantes.

"Le train des Milles"
Le 22 juin 1940, jour de la signature de l'armistice franco-allemand, 2.010 internés quittent Les Milles dans un train mis à leur disposition par le commandant Goruchon, avec l'approbation de l'état-major. Le train doit gagner Arles, puis Sète, Toulouse, enfin Bayonne d'où les fuyards espèrent pouvoir s'embarquer pour l'Espagne ou le Maroc.
Mais en traversant le sud de la France, ce train a suscité la rumeur que "2000 boches" allaient arriver à Bayonne. Ce qui sous-entend "des soldats", et c'est ce que comprennent les cheminots qui détournent le convoi vers sa région de départ. Les internés avaient pris, en quelque sorte, la fuite devant eux-mêmes !
C'est ainsi que le 27 juin, ils se retrouvent enfermés pour quelques semaines dans le camp annexe de Saint-Nicolas.

Les Milles "à l'heure allemande"
Le 1er août 1940, la commission allemande Kundt inspecte le camp qui ne compte plus alors qu'un millier d'internés : 747 d'entre eux sont volontaires pour le rapatriement en Allemagne.
Avec quelques interruptions, le camp va fonctionner jusqu'à la fin de 1942. Passé le 1er novembre 1940 de la tutelle du ministère de la guerre à celui de l'intérieur, il est, de janvier 1941 à juillet 1942, le seul camp français destiné aux internés étrangers pour qui l'émigration est théoriquement possible. Ces candidats au départ peuvent alors assez librement circuler pour effectuer les démarches nécessaires en vue d'obtenir des visas. Peu à peu, il devient pourtant difficile de quitter le territoire.

La vie quotidienne au camp, de l'automne 1939 au printemps 1942

Jusqu'en 1942, la vie aux Milles peut sembler moins dure que dans d'autres camps. Les internés, issus de toutes les couches sociales, ne sont pas maltraités et bénéficient d'une certaine liberté de circulation, pour effectuer par exemple des démarches administratives à Marseille.

Les problèmes existent cependant : les internés se plaignent de la promiscuité, de la saleté, du manque d'hygiène. Suffisante au début, la nourriture se réduit et se dégrade au fil des mois.
La difficulté est surtout d'échapper à l'ennui quotidien et nombreux sont les volontaires pour se répartir les travaux : cuisine, nettoyage, confection d'habits, etc.



Originalité de ce camp, la forte proportion d'intellectuels et d'artistes y a développé très tôt une vie culturelle active : s'y sont rencontrés les peintres Max Ernst, Golo Mann, Hans Bellmer, etc. Dès septembre 1939, les internés organisent des conférences, des ateliers de peinture, ouvrent un bar, montent des pièces de théâtre.
Ces activités s'exercent surtout entre septembre 1939 et le printemps 1940, période durant laquelle nombre d'artistes quittent Les Milles pour émigrer.

En évoquant cette période, il faut souligner l'action des œuvres de secours (Emergency Rescue Committee, Union Générale des Israélites de France, Comité d'Aide aux réfugiés, etc.), qui tentent d'améliorer la vie des internés, de les faire sortir du camp. Elles agiront de même, dans la période suivante, pour en soustraire aux convois. Rappelons aussi le rôle exemplaire de religieux, comme le pasteur Manen à Aix, Mgr Chalvé à Miramas, le pasteur Roux à Marseille, ou même de personnels du camp comme le premier commandant, Goruchon, ou le gardien Boyer.[i]

Le temps des convois

Le sort des Juifs d'Europe est scellé lors de la conférence de Wannsee sur "le règlement définitif de la question juive", présidée le 20 janvier 1942 par R. Heydrich, chef des services de sécurité du Reich.
Du 27 mars 1942, date de départ du premier convoi pour Auschwitz, au 17 août 1944, 76 000 Juifs sont déportés de France, sur les 300 000 qui y vivaient.
Pour la zone libre, l'Allemagne compte sur la collaboration du gouvernement de Vichy qui a promis aux Allemands 10 000 Juifs étrangers ou apatrides, chiffre porté à 14 500 en août par Laval.

Les premiers départs de convois ont lieu entre le 5 et le 14 août 1942. Une seconde vague intervient le 23 août et une troisième suit la grande rafle opérée dans toute la zone sud du 26 au 28 août, durant laquelle plus de 6 500 Juifs étrangers sont arrêtés. Une quatrième vague s'étend du 15 au 22 octobre. Au total, près de 11 000 Juifs ont ainsi été livrés aux autorités allemandes.

Aux Milles, le 15 juillet 1942, Dannecker, chef de la section anti-juive de la Gestapo, recense 1 192 Juifs "déportables". Le 3 août, le camp est bouclé et occupé par 170 gardes mobiles pour prévenir toute évasion.

Le 11 août, le premier convoi quitte Les Milles pour le camp d'internement de Drancy avec 262 détenus triés par l'intendant de police Rodelec du Porzic. Arrivés à Drancy le 12 août, 236 d'entre eux partent en déportation le 14 août pour le camp d'Auschwitz.
Le 13 août, 538 Allemands, Autrichiens et Polonais quittent le camp des Milles. Leur convoi atteint Drancy le 14. Ils sont 301, le 17 août, à en partir pour Auschwitz par le convoi n°20. Les autres suivent, le 19 août.
Le 23 août, 134 membres des Groupements de Travailleurs Etrangers quittent Les Milles pour arriver le 25 août à Drancy.

A la suite de la rafle du 26 août, 1 200 Allemands, Polonais, Autrichiens et Russes sont rassemblés aux Milles. 574 d'entre eux (dont 54 enfants) sont envoyés le 2 septembre vers Drancy où ils arrivent le lendemain. 488 en partent pour Auschwitz le 7 septembre, 70 autres le 9 septembre.
450 internés, le 10 septembre, et 263 le jour suivant, sont transférés des Milles vers Rivesaltes. Le 14 septembre, tous continuent vers Drancy. Le 16 septembre, 571 d'entre eux partent pour Auschwitz.
Par la suite, quelques convois vont partir du Sud-Est, notamment de Marseille, vers d'autres camps comme ceux de Gurs ou de Noé.
Au total, plus de 2 000 Juifs ont ainsi été transférés du camp des Milles à celui de Drancy.
Le 4 décembre 1942, après l'occupation de la zone libre, le camp est réquisitionné par la Wehrmacht. 170 internés qui s'y trouvaient encore sont transférés à La Ciotat. Le 15 mars 1943, le camp est définitivement fermé et transformé en dépôt de munitions.

L'après guerre
En 1946, la tuilerie des Milles retrouve son activité industrielle. La mémoire du site est redécouverte par des historiens dans les années 70. Des associations se créent. L'atelier de menuiserie, qui contient des peintures murales, est inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1983 avant d'être acquis par l'État et transformé en mémorial en 1989.
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MessageSujet: Re: Mémorial des Milles   Sam 12 Sep 2009 - 20:31

Il y a à ce sujet un beau film Français de 1995: "Les Milles : Le train de la liberté"

Voici quelques images...




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TheFullMetal

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MessageSujet: Re: Mémorial des Milles   Sam 12 Sep 2009 - 22:20

Sympa, j'en avais pas connaissance.
Merci pour l'info glenn Smile Smile
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MessageSujet: Re: Mémorial des Milles   

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